Le Monde du 13 mai 1999

POINT DE VUE

Lettre d'un voyageur au prιsident de la Rιpublique par Rιgis Debray

RETOUR de Macιdoine, de Serbie et du Kosovo, je me dois de vous livrer une impression : j'ai peur, Monsieur le Prιsident, que nous ne fassions fausse route. Vous κtes un homme de terrain. Vous ne prisez guθre les intellectuels qui remplissent nos colonnes d'ΰ-peu-prθs grandiloquents et pιremptoires. Cela tombe bien : moi non plus. Je m'en tiendrai donc aux faits. Chacun les siens, me direz-vous. Ceux que j'ai pu observer sur place, dans un court sιjour ― une semaine en Serbie (Belgrade, Novi Sad, Nis, Vramje) du 2 au 9 mai, dont quatre jours au Kosovo, de Pristina ΰ Prej, de Pritzren ΰ Podujevo ―, ne me semblent pas correspondre aux mots que vous utilisez, de loin et de bonne foi.

Ne me croyez pas partial. J'ai passι la semaine prιcιdente en Macιdoine, assistι ΰ l'arrivιe des rιfugiιs, ιcoutι leurs tιmoignages. Ils m'ont bouleversι, comme beaucoup d'autres. J'ai voulu ΰ tout prix aller voir « de l'autre cτtι » comment un tel forfait ιtait possible. Me mιfiant des voyages faηon Intourist, ou des dιplacements journalistiques en car, j'ai demandι aux autoritιs serbes ΰ avoir mon propre tra-ducteur, mon propre vιhicule et la possibilitι d'aller et de parler ΰ qui bon me semblait. Contrat respectι.

Important, l'interprθte ? Oui. Car j'ai constatι ΰ mon grand dam ― mais comment faire autrement ? ― qu'on peut, en Macιdoine et en Albanie, s'en remettre imprudemment ΰ des truchements locaux qui, sympathisants ou militants de l'UCK pour la plupart, prκtent leur regard et leur rιseau ΰ l'ιtranger fraξchement dιbarquι. Les rιcits d'exactions sont trop nombreux pour qu'on mette en doute un fond indιniable de rιalitι.

Certains tιmoignages que j'ai recueillis, vιrification faite ensuite sur les lieux d'origine, se sont rιvιlιs cependant outranciers, voire inexacts. Ce qui ne change rien, bien sϋr, au scandale ignominieux de cet exode.

Que nous rιpιtez-vous ? « Nous ne faisons pas la guerre au peuple serbe mais ΰ un dictateur, Milosevic, qui, refusant toute nιgociation, a programmι de sang-froid le gιnocide des Kosovars. Nous nous limitons ΰ dιtruire son appareil de rιpression, destruction dιjΰ bien avancιe. Et si nous continuons ΰ frapper, malgrι de regrettables erreurs de ciblage et d'involontaires dommages collatιraux, c'est que les forces serbes continuent au Kosovo leurs opιration de nettoyage ethnique. »

J'ai lieu de craindre, Monsieur le prιsident, que chacun de ces mots ne soit une duperie.

1. « Pas la guerre au peuple… » Ne savez-vous pas qu'au cour du vieux Belgrade le thιβtre pour enfants Dusan-Radevic jouxte la tιlιvision et que le missile qui a dιtruit celle-ci a frappι celui-lΰ ? Trois cents ιcoles, partout, ont ιtι touchιes par les bombes. Les ιcoliers, laissιs ΰ eux-mκmes, ne vont plus en classe. Dans la campagne, il en est qui ramassent des tubes jaunes explosifs en forme de jouets (modθle CBU 87). Ces bombes ΰ fragmentation, les Soviιtiques en rιpandaient de semblables en Afghanistan.
La destruction des usines a mis ΰ pied cent mille travailleurs ― avec un revenu de 230 dinars, soit 91 francs par mois. La moitiι, ΰ peu prθs, de la population est au chτmage. Si vous croyez la retourner ainsi contre le rιgime, vous vous ιgarez. Malgrι la lassitude et les pιnuries, je n'ai pas observι de fissure dans l'union sacrιe. Une jeune fille m'a dit ΰ Pristina : « Quand on tue quatre Chinois, ressortissants d'une grande puissance, le monde s'indigne ; mais quatre cents Serbes, cela ne compte pas. Curieux, non ? »

Je n'ai certes pas ιtι tιmoin des carnages opιrιs par les bombardiers de l'OTAN sur les autobus, les colonnes de rιfugiιs, les trains, sur l'hτpital de Nis, et ailleurs. Ni des raids sur les camps de rιfugiιs serbes (Majino Maselje, 21 avril, quatre morts, vingt blessιs). Je parle des quelque quatre cent mille Serbes que les Croates ont dιportιs de la Krajina sans micros ni camιras.

Pour m'en tenir aux lieux et moments de mon sιjour au Kosovo, le gιnιral Wertz, porte-parole de l'OTAN, a dιclarι : « Nous n'avons attaquι aucun convoi et nous n'avons jamais attaquι de civils. » Mensonge. J'ai vu dans le hameau de Lipjan, le jeudi 6 mai, une maison particuliθre pulvιrisιe par un missile : trois fillettes et deux grands-parents massacrιs, sans objectif militaire ΰ 3 kilomθtres ΰ la ronde. J'ai vu, le lendemain, ΰ Prizren, dans le quartier gitan, deux autres masures civiles rιduites en cendres deux heures plus tτt, avec plusieurs victimes enterrιes.

2. « Le dictateur Milosevic… » Mes interlocuteurs de l'opposition, les seuls avec qui je me sois entretenu, m'ont rappelι aux dures rιalitιs. Autocrate, fraudeur, manipulateur, et populiste, M. Milosevic n'en a pas moins ιtι ιlu ΰ trois reprises : les dictateurs se font ιlire une fois, non deux. Il respecte la Constitution yougoslave. Pas de parti unique. Le sien est minoritaire au Parlement. Pas de prisonniers politiques, des coalitions changeantes. Il est comme absent du paysage quotidien. On peut le critiquer sans se cacher aux terrasses de cafι ― et on ne s'en prive pas ―, mais les gens ne s'en soucient guθre. Aucun charisme « totalitaire » sur les esprits. L'Occident semble cent fois plus obnubilι par M. Milosevic que ses concitoyens.

Parler face ΰ lui de Munich, c'est inverser le rapport du faible au fort et supposer qu'un pays isolι et pauvre de dix millions d'habitants, qui ne convoite rien en dehors des frontiθres de l'ancienne Yougoslavie, puisse κtre comparι ΰ l'Allemagne conquιrante et surιquipιe de Hitler. A trop se voiler la face, on devient aveugle.

3. « Le gιnocide des Kosovars… » Terrible chapitre. Des tιmoins occidentaux, accessibles et oculaires, je n'en ai rencontrι que deux. L'un, Aleksander Mitic, d'origine serbe il est vrai, est correspondant de l'AFP ΰ Pristina. L'autre, Paul Watson, canadien anglophone, est correspondant pour l'Europe centrale du Los Angeles Times. Il a couvert l'Afghanistan, la Somalie, le Cambodge, la guerre du Golfe et le Rwanda : ce n'est pas un bleu. Plutτt anti-Serbes, il suivait depuis deux ans la guerre civile au Kosovo, dont il connaξt chaque village et chaque route. Un hιros, donc un modeste. Quand tous les journalistes ιtrangers, au premier jour des bombardements, ont ιtι expulsιs de Pristina, il s'est planquι pour rester, anonymement. Sans cesser de circuler et d'observer.

Son tιmoignage est pondιrι et, recoupι avec d'autres, convaincant. Sous le dιluge des bombes, les pires exactions ont ιtι commises, les trois premiers jours (24, 25 et 26 mars), avec incendies, pillages et meurtres. Plusieurs milliers d'Albanais ont alors reηu l'ordre de partir. Il m'a assurι n'avoir pas trouvι trace, depuis, d'un crime contre l'humanitι. Sans doute ces deux scrupuleux observateurs n'ont-ils pas tout vu. Et moi encore moins. Je ne puis tιmoigner que de paysans albanais de retour ΰ Pudajevo, de soldats serbes montant la garde devant des boulangeries albanaises ― dix rouvertes ΰ Pristina ―, et des blessιs des bombardements, albanais et serbes cτte ΰ cτte, dans l'hτpital de Pristina (deux mille lits).

Alors, que s'est-il passι ? A leur avis, la superposition soudaine d'une guerre aιrienne internationale ΰ une guerre civile locale, celle-ci d'une extrκme cruautι. Je vous rappelle que, en 1998, 1 700 combattants albanais, 180 policiers et 120 soldats serbes ont ιtι tuιs. L'UCK a kidnappι 380 personnes, en a remis en libertι 103, les autres ιtant mortes ou disparues, parfois aprθs torture ― parmi elles 2 journalistes et 14 ouvriers. L'UCK revendiquait 6 000 clandestins ΰ Pristina, et ses snipers, m'a-t-on dit, sont entrιs en action aux premiθres bombes. Les Serbes, jugeant qu'ils ne pouvaient se battre sur deux fronts, auraient alors dιcidι d'ιvacuer manu militari la « cinquiθme colonne de l'OTAN », sa « force terrestre », c'est-ΰ-dire l'UCK, en particulier dans les villages oω elle se confondait avec et se fondait dans la population civile.

Localisιes mais certaines, ces ιvacuations, dites lΰ-bas « ΰ l'israιlienne », et dont l'ancien d'Algιrie que vous κtes se souvient certainement ― un million de civils algιriens furent dιplacιs et enfermιs par nous dans des camps barbelιs, pour « vider l'eau du poisson » ―, ont laissι des traces ΰ ciel ouvert, ici et lΰ : maisons brϋlιes, villages dιserts. Ces affrontements militaires ont entraξnι des fuites de civils ― pour la plupart, m'a-t-on dit, des familles de combattants ― avant les bombardements. Elles ιtaient, selon le correspondant de l'AFP, en nombre trθs limitι. « Les gens trouvaient refuge dans d'autres maisons voisines, a constatι ce dernier. Personne ne mourait de faim, ne se faisait tuer sur les routes, ne fuyait vers l'Albanie et la Macιdoine. C'est l'attaque de l'OTAN qui a bel et bien dιclenchι, en boule de neige, la catastrophe humanitaire. De fait, il n'ιtait pas besoin, jusqu'alors, de camps d'accueil aux frontiθres. » Les premiers jours, tous en conviennent, ont vu un dιchaξnement de reprιsailles de la part d'ιlιments dits « incontrτlιs », avec la complicitι probable de la police locale.

M. Vuk Draskovic, vice-premier ministre qui a aujourd'hui pris ses distances, et d'autres m'ont dit avoir fait, depuis, arrκter et inculper trois cents personnes au Kosovo convaincues d'exactions. Maquillage ? Alibi ? Mauvaise conscience ? Ce n'est pas ΰ exclure. Aprθs, l'exode a continuι, mais ΰ plus petite ιchelle. Sur injonction de l'UCK, dιsireuse de rιcupιrer les siens, par crainte de passer pour des « collabos », par peur des bombardements ― qui ne distinguent pas, ΰ 6 000 mθtres, entre Serbes, Albanais et autres ―, pour rejoindre les cousins dιjΰ partis, parce que le bιtail est mort, que l'Amιrique va gagner, que c'est l'occasion d'ιmigrer en Suisse, en Allemagne ou ailleurs… Propos entendus sur place. Je vous fais mention, non caution.

Aurais-je trop ιcoutι « les gens d'en face » ? Le contraire serait du racisme. Dιfinir a priori un peuple ― juif, allemand ou serbe ― comme collectivement criminel n'est pas digne d'un dιmocrate. Aprθs tout, il y a eu, pendant l'occupation, des divisions SS albanaise, musulmane et croate ― jamais de serbe. Ce peuple philosιmite et rιsistant ― plus de dix nationalitιs coexistent en Serbie mκme ― serait-il devenu nazi avec cinquante ans de retard ? Nombre de rιfugiιs kosovars m'ont dit qu'ils avaient ιchappι ΰ la rιpression grβce ΰ des voisins, des amis serbes.

4. « La destruction bien commencιe des forces serbes… » Dιsolι : celles-ci semblent se porter comme un charme. Un jeune sergent pris en stop sur l'autoroute Nis-Belgrade et servant au Kosovo m'a demandι pour quelle raison stratιgique l'OTAN s'acharnait sur les civils. « Nous, quand on va ΰ la ville, oω il n'y a plus d'ιlectricitι, on est forcι de boire du Coca tiθde. C'est embκtant, mais on peut faire avec. » Je suppose que les unitιs ont leur groupe ιlectrogθne.

Vous avez, au Kosovo, cassι des ponts, que l'on contourne aisιment par des guιs ― quand on ne passe pas dessus, entre les trous. Endommagι un aιroport sans importance, dιtruit des casernes vides, enflammι des camions militaires hors d'usage, des maquettes d'hιlicoptθre et des piθces d'artillerie en bois posιes au milieu des prιs. Excellent pour l'image-vidιo et les briefings en chambre, mais aprθs ? Souvenez-vous que la dιfense yougoslave, formιe par Tito et ses partisans, n'a rien d'une armιe rιguliθre : dissιminιe et omniprιsente, avec ses PC souterrains, prιparιe de longue main aux menaces conventionnelles ― jadis, soviιtique. On y dιplace mκme les canons avec des boufs, pour ιviter la dιtection ΰ la chaleur.

Il y a au Kosovo ― ce n'est pas un secret ― 150 000 hommes en armes, de vingt ΰ soixante-dix ans ― il n'y a pas de limite d'βge pour les rιservistes ―, dont seulement 40 000 ΰ 50 000 pour la III S,e armιe du gιnιral Pavkovic. Les talkies-walkies en relais paraissent en bon ιtat, et ce sont les Yougoslaves eux-mκmes qui brouillent les rιseaux ― l'UCK se servait de portables pour renseigner les bombardiers US.

Quant ΰ la dιmoralisation espιrιe, n'en croyez rien. Au Kosovo, on attend nos troupes, je le crains, de pied ferme, non sans une certaine impatience. Comme me disait un rιserviste de Pristina qui allait acheter son pain, son AK ΰ l'ιpaule : « Vivement l'intervention terrestre ! Dans une vraie guerre, au moins, il y a des morts des deux cτtιs. » Le wargame des planificateurs de l'OTAN se dιroule ΰ 5 000 mθtres au-dessus du rιel. Je vous en conjure : n'envoyez pas nos sensibles et intelligents saint-cyriens sur un terrain dont ils ignorent tout. Leur cause est peut-κtre juste mais ce ne sera jamais pour eux une guerre dιfensive et encore moins sacrιe, comme elle le sera, ΰ tort ou ΰ raison, pour les volontaires serbes de Kosovo et Metohija.

5. « Ils continuent le nettoyage ethnique… » Les plaques d'immatriculation accumulιes au poste-frontiθre face ΰ l'Albanie et les documents d'identitι des partants m'ont indignι. C'est de crainte, m'a-t-on rιpliquι, que les « terroristes » ne s'infiltrent ΰ nouveau, en les subtilisant pour maquiller voitures et papiers. Beaucoup a pu ιchapper ΰ mes modestes observations, mais le ministre allemand de la dιfense a menti, le 6 mai, lorsqu'il a dιclarι qu'« entre 600 000 et 900 000 personnes dιplacιes ont ιtι localisιes ΰ l'intιrieur du Kosovo ». Sur un territoire de 10 000 kilomθtres carrιs, cela ne passerait pas inaperηu aux yeux d'un observateur en dιplacement, le mκme jour, d'est en ouest et du nord au sud. A Pristina, oω vivent encore des dizaines de milliers de Kosovars, on peut dιjeuner dans des pizzerias albanaises, en compagnie d'Albanais.

Nos ministres ne pourraient-ils interroger lΰ-bas des tιmoins ΰ la tκte froide ― mιdecins grecs de Mιdecins sans frontiθres, ecclιsiastiques, popes ? Je pense au Pθre Stιphane, le prieur de Prizren, singuliθrement pondιrι. Car la guerre civile n'est pas une guerre de religion : les mosquιes, innombrables, sont intactes ― sauf deux, ΰ ce que l'on m'a rapportι.

On peut acheter la politique ιtrangθre d'un pays ― ce que font les Etats-Unis avec ceux de la rιgion ―, non ses rκves ou sa mιmoire. Si vous voyiez les regards de haine que jettent, aux postes-frontiθres, les douaniers et les policiers macιdoniens sur les convois de chars qui remontent chaque nuit de Salonique ΰ Skopje, sur leurs escortes arrogantes et inconscientes de ce qui les entoure, vous comprendriez sans peine qu'il sera plus facile de rentrer sur ce « thιβtre » que de s'en extraire. Aurez-vous, ΰ l'instar du prιsident italien, la vaillance, ou l'intelligence, de renoncer ΰ des postulats irrιels, pour rechercher, avec Ibrahim Rugova, et selon ses propres termes, « une solution politique sur des bases rιalistes » ?

En ce cas, un certain nombre de rιalitιs s'imposeront ΰ votre attention. La premiθre : pas de salut en dehors d'un modus vivendi entre Albanais et Serbes, comme le demande M. Rugova, parce qu'il n'y a pas une mais deux, et mκme plusieurs communautιs au Kosovo. Sans entrer dans la bataille des chiffres due ΰ l'absence de recensement fiable, j'ai cru comprendre qu'il y avait un million et plus d'Albanais, deux cent cinquante mille Serbes et deux cent cinquante mille personnes appartenant ΰ d'autres communautιs ― Serbes islamisιs, Turcs, gorans ou montagnards, romanis, « Egyptiens » ou gitans albanophones ―, lesquelles craignent la domination d'une grande Albanie et ont pris le parti des Serbes. La deuxiθme : prιvenir la renaissance d'une guerre intιrieure fιroce, ιpisode d'un aller-retour sιculaire, l'acte I sans lequel l'acte II d'aujourd'hui est incomprιhensible, mais qui succιdait lui-mκme ΰ une oppression antιrieure.

Les politiques au prιsent se mθnent toujours par analogie avec le passι. Encore faut-il trouver la moins mauvaise possible. Vous avez choisi l'analogie hitlιrienne, avec les Kosovars en juifs persιcutιs. Permettez-moi de vous en suggιrer une autre : l'Algιrie. M. Milosevic n'est certes pas de Gaulle. Mais le pouvoir civil a affaire ΰ une armιe qui en a assez de perdre et rκve d'en dιcoudre. Et cette armιe rιguliθre cτtoie elle-mκme des paramilitaires autochtones qui pourraient bien ressembler un jour ΰ une OAS.

Et si le problθme n'ιtait pas ΰ Belgrade, mais dans les rues, les cafιs, les ιpiceries du Kosovo ? Ces hommes-lΰ, c'est un fait, n'ont rien de rassurant. Ils m'ont, une fois ou deux, pris sιvθrement ΰ partie. Et je dois ΰ la vιritι de dire que ce sont des officiers serbes qui, arrivant ΰ la rescousse, m'ont ΰ chaque fois sauvι la mise.

Vous vous souvenez de la dιfinition par de Gaulle de l'OTAN : « Organisation imposιe ΰ l'Alliance atlantique et qui n'est que la subordination militaire et politique de l'Europe occidentale aux Etats-Unis d'Amιrique. » Vous nous expliquerez un jour les raisons qui vous ont conduit ΰ modifier cette apprιciation. En attendant, je dois vous avouer une certaine honte quand, demandant, ΰ Belgrade, ΰ un opposant dιmocrate serbe pourquoi son actuel prιsident recevait avec empressement telle personnalitι amιricaine et non franηaise, il me rιpondit : « De toute faηon, mieux vaut parler au maξtre qu'ΰ ses domestiques. »

Rιgis Debray

Rιgis Debray est ιcrivain et philosophe.

© Le Monde 1999

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